Les pèlerins d’Emera sont rentrés du chemin de Saint-Jacques de Compostelle, jeudi, différents. Si riches des kilomètres parcourus à pied et des rencontres qu’ils n’ont qu’une envie : repartir. En attendant, hier, ils se sont retrouvés pour marcher et parler à nouveau de cette aventure humaine.
Combien de kilomètres entre Le-Puy-en-Velay et Conques ? 205 selon le panneau officiel. « 209 », selon Béata Skrodzki, infirmière de l’association Emera. Sans doute plus selon Gérard Mélard, l’un de quatre encadrants de la randonnée. Dix dames et un monsieur ont relevé ce « défi » de marcher malgré la maladie (le cancer) et parfois les traitements toujours en cours (une dame avait subi une chimiothérapie avant le départ). Quelques jours avant le jour J, Martine Halle, une retraitée de 62 ans, ne savait plus trop si elle en serait. Une semaine après « la belle aventure » qui lui a permis de « déconnecter », elle évoque l’esprit de groupe, les sourires et les amitiés.
Entraide et solidarité
Dans la maladie, comme dans la vie, Sandra Fiori, une sportive de 49 ans, a toujours aimé le « collectif ». Sur le chemin, « l’entraide et la solidarité » l’ont « portée » quand par exemple les douleurs devenaient pesantes. « J’ai une famille que j’adore mais eux, ils sont ma famille de cœur », glisse-t-elle. Mustapha Rahmoui l’écoute et sourit. Ce solitaire a appris à aimer la compagnie des autres. Il s’est aussi réconcilié avec la gente féminine. « Contrairement aux autres, la maladie est pour moi une épreuve positive. Depuis la maladie, j’ai rencontré des gens que je n’aurai jamais rencontrés. Sur le chemin, j’ai vu de la tolérance et de l’amitié », confie-t-il.
Carole Coster, 50 ans, « pub ambulante pour le chemin », est sur la même longueur d’ondes : « Depuis la maladie, j’ai une boulimie de vivre. Compostelle m’a transcendée et a élevé mon âme. Nous sommes partis à onze et nous sommes revenus un, en symbiose. Ce pèlerinage m’a donné beaucoup de force et j’ai la banane depuis que je suis rentrée ».
Pour Christine Laude, 45 ans, « Compostelle ne voulait pas dire grand-chose ». Elle rentre avec une envie : repartir avec son mari et pourquoi pas son fils de 14 ans. Elle, elle retient la rencontre avec frère Jean-Daniel, à Conques ; avec un Vosgien de 70 ans avec qui elle a partagé son repas mais aussi avec ce chien de berger qui a marché dans ses pas six kilomètres durant.
Donner envie
« Pas à pas, on peut faire des choses formidables », confie Béata, la salariée d’Emera revenue elle aussi « grandie dans la tête et le cœur ». Ils sont tous allés au bout des dix étapes. Mustapha espère maintenant que « notre histoire serve à d’autres gens qui ont peur de la maladie et sont dans l’isolement de venir à Emera et d’organiser quelque chose ». Eux en tout cas sont prêts à refaire les sacs et continuer à marcher en direction de Saint-Jacques.
Les marcheurs d’Emera. Martine Halle, Sandra Fiori, Bernardette Jougnet, Marie-Hélène Leferme, Christine Laude, Carole Coster, Brigitte Houat, Lucette Bardiau, Esther Delmasso, Brigitte Dumez et Mustapha Rahmoui. Les encadrants. Béata Skrodzki, infirmière d’Emera ; Gérard Mélard, ancien directeur des soins du centre hospitalier de Valenciennes, Marie-Anne et Alain Bouchès, des Solesmois qui ont déjà bouclé le chemin de Saint-Jacques.


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